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**Est-ce que le vibe coding va tuer les développeurs web expérimentés ?**

**Est-ce que le vibe coding va tuer les développeurs web expérimentés ?**

La question est légitime au vu du tapage actuel. Pourtant, la réponse est simple : non. L'histoire du développement web n’en est pas à son coup d’essai, et le scénario s'est déjà répété trois fois par le passé :

  1. L’ère du copier-coller : les assembleurs, intégrateurs et bidouilleurs qui enchaînaient les snippets récupérés sur Stack Overflow sans toujours comprendre ce qui tournait sous le capot.
  2. L’avènement des CMS : la déferlante WordPress, Joomla ou Drupal, promettant à quiconque de livrer un site web complet en quelques clics.
  3. La vague no-code / low-code : les outils visuels vendus comme les fossoyeurs annoncés du code traditionnel.

Chaque fois, les approches dénuées de maîtrise technique approfondie finissent par heurter le même triptyque de problématiques : des failles de sécurité béantes, une lenteur d’exécution extrême et l'inévitable « mur de la mise à jour », ce moment où le système devient impossible à faire évoluer sans tout casser.

Le leurre du prototype face à l'épreuve de la durée

Pour sortir un POC (Proof of Concept), tester une idée ou créer un produit éphémère afin de valider un besoin utilisateur à court terme, le vibe coding excelle. C'est un assemblage rapide, bluffant en surface. Mais dès qu'un système est censé durer, le vernis craque et le travail d'ingénierie redevient incontournable.

Conséquence directe : il n’existe aucun produit majeur à très grande échelle entièrement bâti sur du vibe coding.

Côté ingénierie logicielle rigoureuse, les références grand public ou d'infrastructure abondent : Doctolib, Leboncoin, BlaBlaCar, Stripe ou Spotify.

Côté IA pure ou vibe codée — Rien, ou presque.

Les rares exceptions — souvent citées comme des réussites — relèvent davantage d'« OVNI » dont le modèle économique est une dépendance directe à l'IA elle-même (PDF.ai, Photoroom, Interior AI ou Photo AI). Or, ce fonctionnement induit une anomalie économique majeure : plus le produit gagne en traction, plus son coût d’infrastructure devient linéairement coûteux (voire exponentiel) avec le volume d'appels API.

À l’inverse, une architecture logicielle pérenne obéit à la loi classique des économies d'échelle : l'investissement initial est lourd pour les premiers utilisateurs, mais le coût marginal unitaire s'effondre à mesure que la base s'élargit.

Pourquoi la stabilisation exige toujours de la matière grise

Passer d'une démonstration fonctionnelle à un produit d'entreprise robuste réclame une architecture sur-mesure que l'automatisation brute ne sait pas concevoir :

  • La synchronisation multi-utilisateurs temps réel.
  • La gestion de bases de données relationnelles massives avec résolution stricte des conflits d'accès et d'intégrité.
  • L'implémentation de règles métier intriquées : facturation complexe, matrices de droits granulaires, relances automatisées, conformité réglementaire.

Face à ces exigences, le vibe coding laissé à lui-même accumule les angles morts :

  • Des ORM configurés avec les réglages par défaut, générant requêtes $N+1$ et des goulets d'étranglement.
  • Des risques immédiats de fuites de données massives.
  • Une gestion calamiteuse de la sécurité (secrets, tokens et variables d'environnement exposés).
  • Un débogage cauchemardesque face aux anomalies silencieuses.
  • Des régressions en cascade à la moindre tentative d'évolution.
  • Une dette technique telle que la scalabilité impose souvent de jeter le code pour tout réécrire.

L'analogie de la paire de chaussures

Pour résumer la cohabitation entre ces deux mondes, il suffit de regarder comment on s’équipe pour la pratique d’un nouveau sport :

  • On commence souvent par une paire d'entrée de gamme, abordable et flatteuse à l'œil. Elle fait parfaitement l'affaire pour une première saison d'essai, surtout quand on ignore si la pratique va durer. C'est le rôle exact du vibe coding : valider l'usage sans s'endetter d'emblée.
  • Si la pratique s'installe, on investit dans du matériel technique conçu pour durer : un modèle ergonomique, résistant à l'usure, amortissant les chocs, sur lequel on peut changer les semelles, remplacer les lacets et entretenir le cuir.

Le vibe coding assemble vite pour tester. L’ingénieur conçoit solide pour durer.